Ouverture

Quand deux écritures se reconnaissent et se rencontrent, chantent alors les accords d' une harmonie et parfois les possibles d' une réconciliation avec le meilleur de nous, amplifié par le meilleur de l' autre. Il y a dans la vibration de certains mots un appel à plus de lucidité, une résonance plus large pour en accompagner le sens, pour en prolonger l' impact. Petites phrases jetées, ou plutôt déposées précieusement, devrais-je dire, dans au moins cent petits carnets, mille petits bouts de papier, dos d' enveloppes, nappes de restaurant qui jalonnent depuis toujours mes poches, mes tiroirs, mes valises pour garder, pour maintenir vivante la trace d' un moment bienveillant ou d' un point d' interrogation, le souvenir d' une émotion fugace, la force d' une idée, la générosité d' une utopie porteuse de changement ou de remise en cause.
Je suis devenu " écrivant " pour confirmer cette croyance naïve de ma mère qui savait à peine lire et écrire, ayant quitté l' école à neuf ans pour travailler aux champs, et qui s' écriait toujours avec la même conviction, chaque fois que son compagnon de vie lui faisait la lecture du journal: " Ah, ce doit être vrai puisque c' est écrit ! "
Elle donnait ainsi à la parole écrite une valeur sacrée, porteuse de vérité. Et même si aujourd' hui je sais que tout ce qui s' écrit n' est pas nécessairement vrai, je garde pour l' écriture et les livres un sentiment quasi religieux.
Je trouve que la mission majeure d' une phrase est de nous faire rêver, voyager, de nous interpeller et aussi de nous déloger de trop de certitudes erronées pour nous agrandir vers l' infini du partage.

# Posté le jeudi 06 avril 2006 09:58

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J' écris toujours à la plume, ayant besoin de construire, de modeler les mots et non pas de les hacher, de les saucissonner quand je me risque à les transcrire sur un ordinateur. On me dit aujourd' hui qu' on lit de moins en moins, est-ce vrai ? Que le lecteur recherche de petits livres, nous en offrons un de plus ! Qu' il se méfie des grosses briques de un kilo et demi, sauf pour les vacances... " Avec trois bouquins de un kilo chacun, je fais l' été ", ai-je entendu l' an passé sur une plage... !
Je crois que tout lecteur est un être d' évolution, de contradictions et d' interrogations et qu' il arrive souvent qu' un livre vienne le chercher, l' appeler au plus inattendu ou au plus proche de lui-même ! J' écris pour ma part depuis trente ans, de gros et de petits livres, plus sensible à l' ordonnancement des mots, des illustrations et bien sûr à leur contenu qu' à leur poids ou leur volume. Un livre a toujours deux auteurs (ici au moins trois), celui qui l' écrit, celui qui le lit. Chacun à sa façon fait oeuvre de création pour prolonger dans les rires de l' imaginaire ou les tâtonnements de la curiosité ce qu' il reçoit d' un écrivant. Il est des livres qui vous donne le sentiment d' être plus intelligent. Il en est d' autres qui rendent plus savant, et d' autres encore qui vont vous faire seulement rêver. Plus rares sont ceux qui vous réconcilient avec le meilleur de vous-même, qui vous rapprochent de cette part de vous que j' appelle le noyau céleste de l' être ou le coeur du divin qui brille en chacun.
Lire, c' est entrer dans l' inattendu d' un mot, l' imprévisible d' un récit, la chaleur d' une phrase et parfois l' appel d' une voix qui vous rejoint dans l' essentiel et vous invite à mieux vous respecter, à aller plus loin, plus près de vous... C' est encore et toujours l' espoir que j' ai avec ce petit opuscule écrit à double voix avec Catherine Enjolet.
Jacques Salomé.

# Posté le vendredi 07 avril 2006 07:58

" ... SEULE L' IGNORANCE PARLE DE HASARD. "

Si les âmes, comme les étoiles, s' attiraient selon des lois inéluctables ? Seule l' ignorance parle de hasard. Il arrive que l' autre vous amplifie. Il arrive que le miroir de vous-même qu' il vous offre vous grandisse. Dans ses yeux vous brillez. Sa voix fait écho à la vôtre. Ces rencontres sont rares mais elles existent. Les univers se ressemblent et même les silences convergent. Je crois à la rencontre, oui, c' est même essentiellement à cela que je crois, à tout ce et ceux que la vie - ironie du sort - nous propose d' affronter. Sans doute s' agit-il de reconnaître ces " choses de la vie ", de ne pas laisser passer non plus ceux et celles qui vous révèlent à vous-mêmes.
J' ai su les rencontres de ma vie parfois au premier regard. Celles, en tout cas, que j' ai pu identifier. J' ai lu une évidence qu' il restait à déchiffrer. Laquelle ? Les jours offrent, au fur et à mesure, des bribes, des indices de l' énigme et la tapisserie, fil à fil, se tisse, raconte les histoires qui nous dépassent. D' où me venait l' impression, lorsque j' entendais pour la première fois les mots de Jacques Salomé, de les connaître déjà ?
La résonance n' était pas pour me surprendre, commune à tous ceux, si nombreux, qui l' écoutaient. Alors ?... " Comme disait ma grand-mère... " La formule clef scandait ses conférences, ses recherches. Sûr, je la connaissais cette grand-mère-là ! Les mois, les années, l' air de rien, ont remonté les pistes. " Mais, c' est bien sûr ! ", aurais-je dû tout à coup, un jour, m' exclamer comme dans les plus célèbres enquêtes.

# Posté le vendredi 07 avril 2006 08:38

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Oui, je ne m' étais pas trompée, oui, ce que je savais à mon propre insu se confirmait : lui et moi avions la même histoire, la même absence d' identité originelle, la même injonction fondamentale d' ailleurs-explicité puisque le nom de Salomé signifie: celui qui réconcilie. Voilà... et si les rencontres étaient faites pour cela ? Rencontre-écho, l' autre donne sens à mes mots. Son regard me fait naître. Rencontre unique, rencontres multiples qui mènent à ce livre; les paroles recueillies, ce sont souvent les autres, à différents moments de la vie, qui les ont choisies. Je les ai lues, parfois reprises en tête d' article, dans le courrier d' échange d' un lecteur, ou citées dans des critiques. " Tiens, c' est moi qui ai écrit cela ? " " Ceux qui ne savent pas donner ne savent pas ce qu' ils perdent. " C' est au Quebec sur un plateau de télévision que j' ai entendu pour la première fois cette phrase qui commence le recueil, alors que je l' avais écrite plusieurs années auparavant... Un journaliste m' a demandé l' autorisation de la reprendre comme slogan pour une campagne humanitaire. Si je l' avais bien écrite, je ne l' avais pas entendue. Il avait coché le passage de mon livre dont il a alors donné lecture. Je lui dois cette " parole ". Sans lui cette phrase serait restée enfouie dans mon livre. Peut-être n' aurais-je pas fondé le parrainage spontané d' enfants en France sans cette prise de conscience de mes propres mots, peut-être ce recueil ne serait-il pas. Peut-être...
A-t-on idée du cheminement, du pouvoir d' une phrase ? Merci à lui. Merci aussi à vous lecteur qui accompagnez à votre tour ces paroles toujours plus loin encore...
Catherine Enjolet.
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# Posté le vendredi 07 avril 2006 09:33

1.

Ceux qui ne savent pas donner ne savent pas ce qu' ils perdent.
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# Posté le vendredi 07 avril 2006 09:39